Conférence: Pourquoi a-t-on créé Boucau en 1857 ?

Ceci est la retranscription de la conférence que j'ai donné à la salle Paul Vaillant Couturier (Apollo) à Boucau le vendredi 15 septembre 1857
Pourquoi a-t-on créé Boucau en 1857 ?

Avant de commencer quelques définitions du mot Boucau.

Boucau : masculin, embouchure d’un cours d’eau
Mais Boucau a également une signification en ancien français, enfin plusieurs significations :
A Reims au 15ème siècle, c’est un soupirail de cave
En Saintonge : la crevette grise
Boucau à également plusieurs orthographes.
Boucaud : en Anjou, lait boucaud, premier lait après la parturition.
Boucaut : Contenance d’une peau de bouc, outre, tonneau de bois qui sert à renfermer et à transporter certaines matières sèches. Un boucaut de morue, de sucre, de café
Dans le blaisois, petit fût
En Saintonge, c’est une grande futaille d’une contenance de trois barriques

En toponymie :
Mis à part Boucau près de Bayonne et Vieux-Boucau, on trouve aussi le lac de Boucau à Anglet, un souvenir d’une ancienne embouchure de l’Adour.
Dans les Pyrénées Atlantiques : Hameaux à Auterive (chemin du Boucau), à Geus d’Oloron et à l’hôpital d’Orion
En Gironde : Lieu-dit à Bourg

La commune de Boucau a été formée on va le voir par la réunion de deux sections cadastrales de la commune de Tarnos : Boucau et Romatet.
Mais il nous faut remonter plus haut.
Deux évènements vont modeler la section de Boucau.

Le détournement de l’Adour


La section de Boucau doit son nom à l’embouchure de l’Adour, l’Adour qui a été détournée, comme vous le savez par Louis de Foix en 1578. Je ne vais pas faire ici l’historique du détournement de l'Adour.


Les Pays de Gosse et de Seignanx au début du 14ème siècle
JB Marquette: Les pays de Gosse, de Signanx et de Labenne (1200-1320) 
Dans le Bulletin de SLAB n° 137 et 138

La section du Boucau s’appelait anciennement Ite (peut-être à rapprocher du latin iter chemin, itinéraire) Ahite. Ainsi au 12ème siècle on y trouve les maisons (feux) suivantes : Montestruc, Salenave, Laboirie, Le Tor, Maurie, Truis, Bascasaus, Airumbad. La quartier de Romatet : Seguelas, Cazenave, Sorde, Laius, Commeres, Lassus, Labat, Nogues, Letorte. La limite entre le quartier d’Ahite et celui de Romatet était matérialisée par les rue Pierre Lacouture et Glize. Dans le bas du quartier d’Ite, il n’y avait pas de construction, car l’Adour et son lit prenait tout l’espace.
Le détournement de l’Adour va changer tout cela.

Le quartier de Boucau


Pour sortir par la nouvelle passe les navires ont besoin de pilotes. Ces pilotes vont élire comme domicile le bas du quartier d’Ahite qui va prendre le nom de Boucau neuf. Ce quartier va se développer de plus en plus et ainsi en 1746 nous trouvons de nouvelles fermes en plus des anciennes : Prisse, Mousserolles, Au Baneres, Mouticq, Grazincau, Peloste, Pitarré, Prucon, Junca, Lalotge, Baderi, Peclere, Nanot, Clincart, Barroumes, Larribau, Jouanoulet, Claussot, Frère, Lartigue, Chine, Labouyrie, Sauboa, Laborde, Cambrac, Salenave, Basczeaux, Bellecave, Laborde
Alors que le quartier de Romatet va plus ou moins stagner.

Quartier               Nombre maison 12ème              Nombre maison 18ème
Ahite                              11                                           31
Romatet                         10                                           16

Le développement du quartier de Boucau s’est essentiellement fait autour de la Cale, construite en 1732 pour abriter les chaloupes des pilotes et des pêcheurs.  Le 18ème siècle va également voir la construction des digues maçonnées qui enserrent l’Adour. Cette construction est l’occasion d’un chantier considérable avec un énorme afflux de population. De nouvelles maisons sont construites.

C’est ainsi qu’en 1850 sur les 3000 habitants de la commune de Tarnos, 1500 habitent les sections de Romatet et de Boucau. 

Le chemin de fer

Le deuxième événement important: c'est la construction de la voie de chemin de fer. Elle se traduit par l'édification d’une gare et le comblement de la Cale (qui s’étendait jusqu'à l’actuelle place Sémard). Elle sera reconstruite à son emplacement actuel. 
En plus la Compagnie du Midi a installé à Boucau un centre pour le transit des marchandises (il n’y avait pas de place à Saint Esprit), et également le dépôt des machines avec ses ateliers de réparation et de matériel. (Celui-ci restera 30 ans au Boucau).



Quelle population vit dans ces quartiers ?

Un mémoire de démographie effectué en 1996 par Laurence Guillaume nous donne quelques éléments de réponse
L’étude est faite pour la période 1857 à 1872
Trois grandes catégories sont à considérer chez les hommes : Les professions de la mer (pêcheurs, lamaneurs, pilotes, marins etc…) les professions de la terre (propriétaires cultivateurs, métayers, résiniers, gemmeurs, scieurs de long, etc…) les artisans (tonneliers, charpentiers, meuniers, cordonniers, bouchonniers, tailleurs de pierre ou d’habits etc. …)


On note le développement des métiers liés au chemin de fer.
La plupart des propriétaires cultivateurs possèdent un terrain qui excédent pas 5 ha, mais la grosse masse des « travailleurs de la terre » est constituée par les métayers, qui pour « arrondir » leur fin de mois, exercent aussi un « métier de la mer », la plupart étaient pêcheurs ou lamaneurs.
On compte huit propriétaires dont la superficie excède 10 ha. Au sein de ce groupe quelques personnes ont de véritables domaines : Ainsi la famille Dubrocq (maire de Bayonne) 45 ha ; Frédéric Roth : 31 ha, Charles Lalanne (meunier d’Esbouc) 33 ha, Elysée Rives 28 ha (Bois Guilhou).
On retrouvera d’ailleurs ces personnes dans le premier conseil municipal de Boucau. Ce sont les petits hobereaux Boucalais, qui n’ont rien à voir avec ceux de Tarnos : Labrouche qui possède plus de 300 hectares et le Marquis de Lalande, 250 hectares.


à suivre


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