samedi 31 décembre 2016

La Chapelle

Sur la carte de Cassini qui est datée de 1771 (année de sa publication, les relevés pour Bayonne ont été fait entre 1766 et 1771)  est mentionné un lieu-dit: chapelle royale.
Il n'est pas évident de situer cette chapelle, d'autant qu'au 18ème siècle on ne connaît qu'une église, celle de Tarnos. Existait-il des chapelles dans la paroisse de Tarnos (dont Boucau faisait partie) ?
En 1844 l'évêque de Dax fait un recensement de toutes les chapelles de la paroisse de Tarnos. Trois réponses lui parviennent : celle de monsieur Dhiriart, propriétaire du château de Saubis (dans les barthes de Tarnos); de monsieur de Ces-Caupenne propriétaire de Baudonne (actuel Emmaus) et enfin de monsieur Laborde, propriétaire de la maison Bel-Air (actuel château Majesté sur la place Sémard). Il manque au moins deux chapelles dont j'ai eu connaissance, celle du château de Matignon (qui n'existe plus à cette époque, ou n'est plus consacrée) et celle du château de Cazaubon (sur la route des barthes à Tarnos) que j'ai personnellement visitée. Ces documents (puisés dans série V des archives départementales des Landes) ainsi que des actes notariés et les registres paroissiaux de Tarnos me permettent d'en savoir plus sur cette chapelle royale.
Voici ce que les actes nous disent. Dans l'année 1718 monsieur Jean Etienne Sallenave, qui était le pilote Major de la Barre (le chef des pilotes) avait mis en chantier la construction d'une chapelle, pour disait-il "servir aux propriétaires des biens qui avoisinaient, mais également aux équipages des navires qui étaient amarrés au Boucau". Cette construction sera faite "dans un fonds dépendant de sa maison". Il fait appel à Alexis Capdau, prêtre et prébendier de l'église collégiale de Saint-Esprit pour la construction. La chapelle est achevée le 15/10/1718. Mais des problèmes d'héritage surviennent entre les héritiers Sallenave, et Alexis Capdau ne rentre pas dans ses frais ; la chapelle ne sera jamais remise au culte. En compensation Alexis Capdau garde la maison construite et le petit terrain attenant. Cette maison sera connue sous le nom de maison La Chapelle, elle vient d'être détruite pour la construction des immeubles dans l’îlot Landaboure. Je reviendrai sur l'histoire de cette maison.
Voici l'implantation de cette maison sur une photo de 1950

Le document de 1844 fourni par monsieur Laborde à l'évêché nous en dit un peu plus sur la chapelle royale. Après avoir acquis la maison Bel-Air, Jean Laborde (entrepreneur des travaux de la Barre) va faire construire une chapelle qui est consacrée le 13 mai 1751. Le 5/2/1765 un mariage y est célébré, celui de Pierre Labadie, capitaine de navire et de Marie Sallenave (fille de Dominique, pilote major). Cette chapelle sera la première église de Boucau en 1857. Le bâtiment existe toujours dans la cour de la propriété
On aperçoit à gauche, la maison Majesté, on devine la chapelle juste à côté, la maison bleue n'est pas encore construite. La fontaine mise en place à la fin du 19ème siècle.
Sources: Archives communales de Bayonne, AD 40 série V, ducumentaion personnelle

jeudi 29 décembre 2016

Jean Bourgeois

Jean BOURGEOIS est né à Bayonne le 17 octobre 1771. Sa carrière dans la marine commence le jour où il embarque, comme tant d’autres jeunes fils de marin, comme mousse sur « La Vigilante », pour un voyage à Saint Pierre et Miquelon, il a tout juste 14 ans, c'est le 19 avril 1785. En 1788 on le retrouve à bord de « La Pétronille » pour une traversée jusqu'aux Antilles. Le 4 décembre 1789 il est nommé pilote lamaneur, et c'est à cette occasion qu'il se distingue en sauvant une gabare « La Moselle » d'un naufrage presque certain. En 1793, la guerre étant déclarée contre l'Angleterre, il demande du service dans les vaisseaux de l'Etat. Le 1er frimaire an 3 (21/11/1795) il est nommé aspirant de première classe à bord du « Sans Culotte » et est envoyé aux Sables d'Olonne. Il commande par intérim le lougre « L'Angélique », lorsque le 5 Messidor an 7 (25/6/1800) il capture un corsaire de Jersey « Le Tramway » armé de quatre canons et monté de vingt hommes d'équipages, le 20 germinal an 9 (11/4/1801) il donne la chasse à un lougre Anglais dans les parages de Noirmoutier, mais après plusieurs tentatives d'abordage, l'ennemi réussit à s'enfuir avec plusieurs blessés.
En l'an X (1801-1802) il revient à Bayonne et est nommé Pilote Major le 21 nivôse an X. En 1808 à l'occasion du séjour Bayonnais de Napoléon, c'est Jean Bourgeois qui accompagne l'Empereur lors de ses visites sur L'Adour. Il lui fait ainsi visiter les défenses de la Barre et le conduit à bord de son canot inspecter certains navires en partance. En montant au « Pey » pour apercevoir l'Adour, La Barre et ses défenses, peut-être laissa-t-il l'empereur abreuver son cheval à la fontaine de la maison Dulos, et l'emmena-t-il manger une collation dans sa maison du Pittaré. Toujours est-il que la venue de Napoléon sera bénéfique à Bourgeois. Il lui sera concédé gratuitement (pour 1 franc symbolique) 50 hectares de dunes situés au territoire de Tarnos, au plan annexé au décret rendu à Bayonne le 12 juillet 1808 :
« Le sieur Bourgeois s’engage d'en faire des semis à ses frais dans le délai de deux années suivant le procédé de Brémontier, ingénieur divisionnaire des Ponts et Chaussées et d'entretenir la plantation en bon état, cette concession fut acquittée au droit fixe de un franc. »
Il s'agit de la Grande et de la petite Baye. Le 19 juillet 1808 il est nommé lieutenant de vaisseau. Il restera chargé de la direction du pilotage de la Barre et remplira les fonctions de chef des mouvements dans le port de Bayonne.
Le 21 décembre 1813, Jean Bourgeois organise et participe au sauvetage de « la diligence de Scotland » brick anglais, transport de troupes qui est en train de sombrer au large d'Ondres. Son plus grand titre de gloire est surtout sa tentative d'enlèvement de Wellington, chef des troupes Alliés. En 1813 les troupes anglaises encerclent Bayonne, qui résiste. Or, il est capital pour Wellington de faire traverser l'Adour à ses troupes, il décide donc, ne pouvant utiliser celui de Bayonne, de construire un pont traversant l'Adour à l'endroit où elle est la plus étroite derrière Blancpignon. Il faut dire que l'embouchure n'ayant pas été entretenu pendant la Révolution et l'Empire, l'Adour se jetait 1200 mètres plus au sud, au niveau de la plage des Cavaliers. Le 22 janvier au matin, Jean Bourgeois apprend par un de ses espions que Wellington doit venir à Anglet pour choisir l'endroit idéal pour la construction du pont de bateaux, aussitôt il sollicite l'autorisation de son chef supérieur Badeigt-Laborde pour organiser une embuscade, afin de capturer Wellington. La réponse se fait attendre et lui parvient trop tard, le 24 janvier avec interdiction de tenter une embuscade. Le même jour, l’informateur de Jean Bourgeois le prévient que Wellington doit procéder à une nouvelle inspection. Il décide donc de monter son opération, sans l'aval de ses chefs, il organise son embuscade qui est prête de réussir, mais des observateurs français placés sur la Cathédrale de Bayonne pour observer les mouvements de l'ennemi, préviennent le général Thouvenot, commandant la place de Bayonne, de l'embuscade de Bourgeois. Thouvenot décide de faire intervenir un officier d'un avant-poste français d'Anglet qui parlemente avec Wellington et celui-ci fait demi-tour. 
Le 23 février le pont est déjà construit, des anglais ont commencé à envahir la rive droite. Bourgeois décide le tout pour le tout et avec les canonnières dont il dispose, il essaye de contrecarrer l'invasion de son village, mais la canonnière dont il a le commandement, ainsi que 5 autres sont coulés au large de l'abbaye de Saint Bernard. Il essayera encore de faire brûler le pont avec les canonnières restantes, mais se sera peine perdue. Les troupes alliées envahissent Boucau, qui avait été dégarni de ses troupes par Thouvenot quelques semaines auparavant. Le chef du dispositif anglais Hope, comble de l'ironie établira son quartier général dans la maison de Bourgeois (Pittaré). 
Pendant les deux mois que durèrent les combats pour la prise de Bayonne on assista de part et d'autre à des batailles acharnées et sanglantes derrière les coteaux du moulin d'Esboucq, j'en veut pour preuve les deux cimetières des Anglais à Saint Etienne.
Après les cent jours et la chute de l'Empire, Jean Bourgeois fut inquiété pour ses prises de position bonapartistes. Ainsi le 8 août 1815 Bouheben, faisant fonction de maire de Tarnos, le dénonce aux autorités comme anti-royaliste. Voici l'extrait des délibérations et procès-verbaux de la ville de Tarnos :
« Le huitième du mois d'août 1815, nous maire de la commune de Tarnos ayant été instruit par la clameur publique que Monsieur Bourgeois, lieutenant de vaisseau, directeur du pilotage de la Barre, chevalier de la légion d 'Honneur, avait fait enterrer sur la hauteur de sa vigne, un homme de paille représentant le buste de Louis XVIII et sur lequel on avait jeté des pommes de terre et que cet enterrement avait été exécuté par Jacques Paylan, ouvrier dudit sieur Bourgeois travaillant à sa vigne. Sur quoi nous maire désirant connaitre la vérité de ce bruit public qui était un grand mépris pour l‘auguste personne du Roi, avons fait comparaitre devant nous ledit Paylan... » (Archives communales de Tarnos, registre des délibérations)
On comprend qu'après cet incident, le 20 novembre 1815 Jean Bourgeois soit démis de son poste de Pilote Major. Son successeur n'est autre que Pierre Sallenave fils d'Arnaud, auquel Jean Bourgeois avait succédé.
Le 28 mars 1830 Jean Bourgeois sauve 8 hommes occupés à sonder la Barre. Le vent tourne, avec le changement de régime et l'arrivée au pouvoir de Louis Philippe. Le 27 août 1830 Pierre Sallenave est à son tour démis de ses fonctions et Jean Bourgeois retrouve son poste de Pilote Major le 29 août de la même année. Un an plus tard il est atteint par la limite d'âge et admis à la retraite. Le 18 septembre 1831, il est élu au conseil municipal de Tarnos. Il en fera d'ailleurs régulièrement parti jusqu'à son décès survenu à Tarnos, quartier du Boucau dans sa maison de Pittaré le 16/1/1847.
Il s'était marié deux fois. La première à Bayonne le 13 mai 1793 avec Marie Gracieuse COMBES née à Bayonne le 9/10/1774 (fille de Jean Combes pilote et de Marguerite Bouheben). Un testament fait par Jean Bourgeois devant maître Dhiriart notaire le 25 ventôse an 13 (16/3/1805) nous apprend que Marie Combes est décédée sans postérité. Jean Bourgeois convole en secondes noces avec Henriette Eulalie GEINDREAU aux Sables d'Olonne le 28 Pluviose an 10 (17/2/1802), elle est décédée au Boucau le 29/3/1867. 
La place de la gare de Boucau portera le nom de Jean Bourgeois jusqu'en 1945, date à laquelle on lui donnera le nom de Pierre Semard.

Sources: AD 40; documentation personnelle; Délibérations du CM de Tarnos (1815); Etat-civil: Bayonne, Tarnos et Boucau



mercredi 28 décembre 2016

Fontaine du Pitarré

Cette fontaine située à mi-côte du Pitarré, appartenait au lieutenant de vaisseau Jean Bourgeois, Pilote Major de la Barre de Bayonne.


Le Docteur Darbouet écrivit en 1923 une monographie sur Jean Bourgeois, en voici quelques extraits 
« Si maintenant partant de la place de la gare du Boucau, place qui porte le nom de Jean Bourgeois, on prend la direction de la tour des signaux, à mi-hauteur de la colline sur la droite, on trouve une fontaine à débit assez régulier, que j 'ai vue tarie néanmoins dans le courant de l'été 1922 lequel fut si particulièrement sec. Cette fontaine, constituée par un tuyau métallique horizontal sortant de la roche, coule sans cesse et porte une inscription gravée sur une pierre verticale qui la surmonte « Fontaine de Pitarré appartenant à Jean Bourgeois lieutenant de vaisseau, pilote major de la barre, chevalier de la légion d'honneur ». Elle fait partie en effet d'un terrain qui appartenait à Bourgeois, terrain où se trouve la villa Thérèse avec de grandes dépendances. Villa, dépendances et terrain servirent de quartier général au général Hope qui commandait l'armée assiégeante en 1814 et qui fut fait prisonnier à l’occasion de la sortie de la garnison le 14/4/1814 »[1].

Mais qui était Jean Bourgeois? Un personnage local important car la place Sémard porta son nom jusqu'en 1945. Il fera l'objet d'un futur article.
Sources: BM Bayonne (Bulletin SSLA de Bayonne et Courrier de Bayonne); Internet, Documentation personnelle; Etat civil Anglet, Bayonne.


[1] Jérôme Ernest Darbouet à 25 ans quand il se marie à Bayonne en 1888 avec Fausta Augustina Urcégui née à Buenos Aires. Il est né à Anglet le 7/6/1863 de Jean Henri Darbouet entrepreneur de travaux funéraires et de Jeanne Gréciet. « Il assure pendant de nombreuses années les fonctions de médecin des Forges de l'Adour et des sociétés de secours mutuel de notre localité. Travailleur infatigable, érudit, il chercha activement les origines de notre commune. Ses travaux furent couronnés par de savoureuses découvertes. Il les réunit dans un opuscule que ses amis, fort nombreux dans la région, conserveront précieusement » (Courrier de Bayonne du 24 mars 1931)

La Cale


Construite en 1732, pour protéger les embarcations des pilotes et des lamaneurs, l’ancienne Cale s’étendait entre deux digues en direction de la place Semart.
Certains vieux Boucalais affirment que les anneaux d’attaches des couralins existaient encore, au début du siècle dernier, scellés à la grande maison, qui abrite aujourd’hui une banque : la maison Milhet.
Un plan conservé à la Chambre de Commerce de Bayonne, et daté de 1782, nous permet de vérifier l’emplacement de la Cale.


La cale fut comblée, en 1854-1857, pour permettre le passage de la voie de chemin de fer Bordeaux-Bayonne, et on la reconstruisit à son emplacement actuel. Son comblement ne fut pas chose aisée et provoqua de nombreux désagréments pour la population. Ainsi, en janvier 1857, le maire Pierre Lacouture constatait-il dans un mémoire adressé aux autorités: " le comblement du havre du Boucau dans lequel jaillissaient de fortes sources avant ce travail, en les étouffant, a refoulé la nappe d'eau qui a penétré dans les caves des trois maisons où elle n'avait jamais paru avant ce comblement".

C'est en 1979, à l’occasion de travaux d’assainissements, que furent découverts les vestiges de l’ancienne Cale sur la place Sémard.
Extrait du Sud-Ouest d'octobre 1979

Origine de Boucau

L'embouchure de l'Adour ne fut fixée à son emplacement actuel qu'à partir de 1578. Jusqu'en 1310 environ, selon certains auteurs, elle se jetait dans la mer à Capbreton. Une violente tempête infléchit son cours vers Port-d'Albert (aujourd'hui Vieux-Boucau). Les édiles bayonnais n'eurent de cesse de réclamer une nouvelle embouchure. des travaux gigantesques furent entrepris au lieu-dit "Trossoat" dans la commune de Tarnos, sous la direction de Louis de Foix. Malgré beaucoup de difficultés le travail aboutit, et le 28 octobre 1578 le fleuve coulait droit sur l'océan. Le Boucau-neuf était né. Boucaou voulant dire bouche, embouchure, en gascon.
Boucau doit donc son nom au fleuve. Ancien quartier de Tarnos, Boucau acquiert son "indépendance" par le fait du prince. En effet, c'est Napoléon III qui décida: "Par la loi du 1er juin 1857 que les sections de Boucau et de Romatet étaient distraites de la commune de Tarnos et réunies à l'arrondissement de Bayonne. Elles formeront dorénavant, sous le nom de Boucau, une commune distincte, dont le chef-lieu sera fixé à Boucau". La nouvelle commune compte 1500 habitants. Sa population est essentiellement agglomérée autour de la Cale, le plateau de Romatet (le haut-Boucau) étant composé de quelques métairies.

Le premier maire, Pierre Lacouture, et son adjoint, Jean-Baptiste Novion, sont nommés dès septembre 1857, et la première réunion de la commission municipale a lieu le 11 novembre 1857. Tout est à créer, la commune ne possède aucun des bâtiments nécessaires à son fonctionnement. C'est dans la maison du maire (actuelle maison des héritiers du docteur Doit) que se déroulèrent les premières séances du conseil municipal. Il faudra attendre 1879 pour que soient construites l"école du bourg et la mairie. Les premiers offices religieux sont célébrés dans la chapelle de la propriété de monsieur Laborde (actuelle maison Majesté). Grâce à l'implantation, à partir de 1881, dans la commune voisine de Tarnos, de l'importante usine sidérurgique des Forges de l'Adour, la population du Boucau va croître de façon importante. Ainsi sa population va-t-elle passer de 1700 à 4935 habitants, entre 1871 et 1901. Le commerce et les industries vont rapidement se développer. Boucau devient une petite ville.

Je fais suivre ici un lien avec un article concernant Hureous que j'ai publié sur mon autre blog Attrapemémoire. https://attrapememoi...